Anne-Lise Blanchard, Tableau du peu

Par Pierre Tanguy| 6 janvier 2026|Catégories : Anne-Lise BlanchardCritiques

On ne doit pas s’étonner qu’une adepte du haïku cultive cette « nécessaire ascèse » dont elle parle dans son nouveau livre. Le Tableau du peu de Anne-Lise Blanchard arrive à dire « entièrement tout » avec « presque rien ». Sept tableaux surgis de rien pour dire l’attente, la patience et l’émerveillement.

«  L’entièrement tout », c’est d’abord le territoire de l’enfance (« champs et chemins parcourus ») que la poétesse évoque avec nostalgie dans un des poèmes, territoire d’enfance  devenu, à ses yeux, « continent en dérive » sous les coups de boutoir de « la ville qui débarque ». L’entièrement tout, c’est aussi « l’absence des disparus », notamment celle d’une mère aimée, mais « un ange veille/qui apaise » et « desserre les nœuds/du vertige ». L’entièrement tout, c’est finalement au bout de la douleur, « l’incoercible désir/du plus grand ciel/à l’intérieur de soi ». Et que dire de ces « battements de cœur » auprès de l’être aimé (« je m’ancre à tes hanches/de grand chêne »). Anne-Lise Blanchard est là, dans ce livre, pour dire ce monde qui nous tend les bras et, en définitive, pour « écrire l’espérance ». Car, nous dit-elle, il faut savoir « entendre la saveur du royaume » et « grignoter le visible ».

Son Tableau du peu  nous entraîne, sur le mode du « presque rien », dans une approche sensorielle de la vie comme le ferait un haïku. Il y a d’abord, dans ce livre, le feu d’artifice des couleurs au jardin. Festival de fleurs déclinées au fil des pages (jacinthes, narcisses, tulipes, renoncules, iris, dahlias…). La vue, donc. Mais aussi le goût quand « arrive sous la dent le suc acidulé » des tomates. Le toucher quand, au potager, la main « débusque le haricot ». L’odorat quand, dans la campagne « l’odeur du mazout a effacé/la fragrance du lait cru ». L’ouïe quand surgit « la chorégraphie légère » des mésanges ou que vous parviennent, de-ci de-là, « des voix d’enfants ».

Anne-Lise Blanchard (Auteur), Tableau du peu, Editions Ad Solem, 2025, 96 pages, 15 €.

Poésie des cinq sens prenant la « démesure de l’infime ». Il importe, nous dit Anne-Lise Blanchard, de « récurer le poème ». Elle cite Anne Perrier, François Cheng, Giuseppe Ungaretti … Signant la préface, le poète breton Jean-Pierre Boulic note à juste titre, à propos de l’autrice, « un regard sur le réel de manière encore plus concrète » que dans ses précédents livres et salue chez elle cette manière particulière de souligner « l’importance de ce peu où flottent des odeurs de vie ».

 
Jean-Claude Coiffard, Concerto pour marées et silence n°19-2026