Anne-Lise Blanchard, L’Horizon patient, Préface de Colette Nys-Mazure, Ad Solem, 2022, 112 pages.

Ce n’est sans doute pas un hasard si nous apprenons dans la biographie d’Anne-Lise Blanchard qu’elle a été danseuse, chorégraphe : un des fils conducteurs de son nouveau recueil de poésie, l’Horizon patient, est la marche. Ce thème recouvre toute la gamme des sentiments qui s’y rattachent : de la douleur d’être percluse (« […] la hanche grince / les genoux refluent / les pieds passent / au rabot / du sentier qui poursuit seul / sa course »), à la joie de l’évolution la plus libre ( […] et le rire tressaille en chaque pas / que je lance comme noisette / à l’écureuil ).

Une des qualités de la poésie de l’auteur est d’aborder les choses sans fard, sans enluminure, tel que dans cet aveu :

Je me suis assise devant le fleuve et dimanche

passe à basse vitesse

comment dis-moi rassembler le temps

éclaté

enfin m’habiller

de mon enveloppe de peau qui

contenait le monde et les mots du

cœur

Le recueil est émaillé de poèmes courts comme autant de petit flashs qui viennent ponctuer une quête de sens et de beauté, et qui ont pour cadre des étapes bien précises :

Le feu couve sous l’omoplate

dans la parenthèse

de l’éblouissant silence

dans la presqu’obscurité

les lèvres s’abreuvent

aux feuillages des vitraux

entre deux fûts courent

des oasis de joie

du long prier point

l’invisible face-à-face

à la saveur d’argile

(Église de Dullin)

Nous devinons qu’une foi discrète couronne ce cheminement, comme ce glacier dont les feux du soleil couchant illumine le lac de Lugano :

Lac de Lugano

en un vivifiant baiser le feu

des glaciers

le porte à incandescence

Pour en revenir au leitmotiv de la marche, un poème intéressera particulièrement les lecteurs du Porche, celui qui porte comme en‑tête « Dans les pas de Péguy, aux pèlerins de Chartres » :

[…] Quel souffle ici les pousse

paupières alourdies épaules blessées

entailles aux pieds semant

des miettes

de mots aujourd’hui

étrangers – précieux

tessons

jusqu’alors enfouis

dans les mémoires familiales -

anachroniques chemineaux qui

en toute hâte marchent

vers la porte de lumière qui se tient

ouverte

au fond de leur regard […]

Une poésie nourrie de l’Essentiel, telle que l’horizon littéraire français, aujourd’hui, en mériterait davantage.

                                                                                     Jean-Pierre Rousseau, Le Porche